The Calanques
Cap Canaille : la dernière escalade et peut-être la plus belle ?
Tous deux Club Alpin de Marseille, nous nous étions donnés rendez-vous pour aller gravir la légendaire grande voie Galet-Jade à Cap Canaille... En route sur la route de la Gineste et des Crêtes, on a très vite sympathisé, tout nous rapprochait: la passion pour la montagne, l'alpinisme, l'escalade et même le métier! Nous étions tous deux professeurs de physique-chimie... Puis vint la fin de la marche d'approche et le moment d'aborder notre voie... Sa sérénité avait de quoi surprendre face à cette voie extrême (cotation ED-), mais il n'en était pas à son coup d'essai dans cette cotation... Les deux premières longueurs en 5c et 6a sont rapidement expédiées... Puis enfin vient le moment de gravir la troisième longueur... Sami hésite... ''C'est bien le dièdre de droite ? Normalement oui !'' Puis il termine cette longueur sans grande difficulté... Lorsque mon tour arrive, je suis surpris par le pas de bloc surplombant et j'arrive un peu défraîchi... C'est à mon tour de gravir la longueur suivante en 6b+, traversée aérienne fine et impressionnante puis cheminée athlétique... Je suis vite surpris par la difficulté, et même en tirant au clou, gravir cette quatrième longueur représente un travail très laborieux pour moi...
Enfin vient le tour de Sami, il progresse calmement. Lorsqu'il me rejoint au relais, il m'informe qu'il a réussi à enchaîner la longueur en libre, ce qui m'impressionne... Son aisance me déconcerte complètement... Ensuite vient mon tour de gravir la longueur en 7a+ qui est un mur raide de galets avec un dévers au milieu en représentant le passage clé... Là encore, beaucoup de tire-clou pour en venir à bout, Sami fera la plus grande partie en libre à l'exception du passage clé. Il enchaîne ensuite la longueur suivante en 6c, poursuivant dans le mur de galets et je le suis avec un repos tout de même... Puis vient la traversée et le surplomb final qu'il enchaîne avec un repos, mais avec beaucoup d'aisance, notamment le rétablissement qui est difficile. Suite à cette journée mémorable, on s'était promis de se revoir rapidement pour de nouvelles aventures. En une journée, on s'était fort lié d'amitié... Mais notre prochaine journée d'escalade devait attendre encore un peu, ce week-end là il devait partir dans les Alpes ce week-end pour une ''petite sortie'' à ski.
Trois jours plus tard à peine, la dimanche qui suit, la foudre tombe... Jean Maugein relaye la nouvelle : Sami serait tombé sur les pentes du Taillefer. Je suis effondré : ''Non c'est impossible, Sami ne peut pas tomber... Tout en moi refuse d'admettre cette disparition puis enfin je me lamente devant l'absurdité du monde...''. Et soudain je réalise toute la chance que j'ai eu de connaître Sami... Il avait atteint le plus haut niveau en physique-chimie, en recherche, en escalade, en alpinisme à 27 ans à peine... Malgré tout il refusait de tirer parti de ses qualités et restait très modeste. Il était devenu un modèle et m'avait ouvert la voie! A mes yeux il était devenu une figure sacrée, le sonnet d'un ange venu montrer le chemin...
Cet automne je suis allé gravir le Pilier S de la Dent de Crolles, la montagne de l'enfance de Sami, j'ai beaucoup pensé à lui à cette occasion. Je ne l'oublierai jamais.



